Notre expédition dans la dépression du Danakil en Ethiopie

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Après une semaine passée en compagnie de Mamaru et Mike dans la vallée de l’Omo, nous rejoignons Addis Abeba puis Mekele pour la deuxième partie de notre voyage en Ethiopie : une expédition de quatre jours dans le désert du Danakil, à proximité de la frontière érythréenne. Le Danakil est réputé pour être l’un des endroits les plus chauds, les plus arides et les plus inhospitaliers de la Terre mais un endroit jonché de sites incroyables comme le Dallol, le volcan en activité du Erta Alé ou le lac salé d’Afdera. Mais le Danakil est aussi un endroit réputé pour son insécurité. Je vous raconte ce périple de quelques jours en 4×4, nos nuits à la belle étoile dans le désert et vous partage à la fin de ce récit quelques conseils pour organiser votre voyage.

Blog voyage Danakil Ethiopie
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Le sable recouvre le pare-brise et les fenêtres de la Jeep. La poussière s’infiltre par la ventilation. Mes yeux se plissent. Et par moment, je ne distingue plus que la fine silhouette de la Vierge qui se balance sous le rétroviseur. Je n’ai conscience que de la présence de Celia à côté de moi. Elle reste mon repère dans l’inconnu. La Jeep avance cahin-caha dans le désert. Lorsque le sable glisse par couche épaisse le long du pare-brise, il dévoile un paysage sec, aride, jonché d’arbres frêles et noueux, de buissons aux branches et épines entortillées. Nous ne sommes pas seules. Quatre autres Jeeps évoluent dans notre sillage. Les Drivers se suivent, se dépassent, se klaxonnent, le sourire accroché aux lèvres. Israel nous avait prévenu : « conduire dans le désert, c’est un jeu pour eux ! » Peu à peu, le paysage évolue. L’immensité sablonneuse du désert fait place à des coulées de lave séchées sur lesquelles la Jeep peine à avancer. On ne doit pas aller à plus de quinze kilomètres heures. Au loin, je distingue des caravanes de dromadaires. Parfois de jeunes Afars suivent nos Jeeps en courant, intrigués, à l’affût de la moindre bouteille d’eau en plastique qui pourrait venir égayer leurs jeux. Et puis doucement, la ligne de volcans se dévoile. Israel pointe l’un d’eux du doigt et nous jette un coup d’oeil : « c’est lui ! Le Erta Alé ! ».

On se met en marche à la nuit tombée et on quitte l’amas de cahutes en pierres et pailles qui forment le camp de base. On progresse dans le sable dans la nuit noire. Le faisceau de ma frontale balaie le sol devant moi. Je distingue vaguement la silhouette de Celia qui me précède. La marche d’approche jusqu’au volcan est longue de dix kilomètres. On avance en rang d’oignon, les uns à la suite des autres, à vitesse constante. On progresse encadrées par de jeunes Afars armés de Kalachnikovs, payés pour assurer la protection des voyageurs durant l’ascension. Soudain l’agitation naît dans les rangs. Mes compagnons de route stoppent leur progression. Les voix des jeunes Afars raisonnent dans l’obscurité. Les faisceaux des frontales éclairent la fine silhouette d’un serpent qui slalome le long de la pierre. Une avalanche de coups de crosse règle le problème et nous reprenons notre marche jusqu’au camp 1 où nous passerons la nuit. La première chose que je distingue du camp 1, ce sont des alignements de pierre à la forme concentrique parmi lesquelles des souris se baladent. Le camp est vaste, étendu, poussiéreux. Il résonne des paroles des voyageurs. C’est ici que nous passerons la nuit mais pas tout de suite. Pour l’instant, nous avons rendez-vous avec le Erta Alé.

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Blog Ethiopie Dallol
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Le camp se trouve à un peu moins de deux kilomètres du cratère du volcan et le surplombe littéralement. Au loin, on entend le volcan vrombir et rugir. Le son m’évoque le bruit des vagues qui se déchaînent. On aperçoit le gouffre rougeoyer dans l’obscurité. Le spectacle est saisissant. Je frémis d’impatience. Nous ne sommes plus très loin. Alors on quitte le camp et on descend dans le gouffre, la caldeira. Je ne vois pas sur quoi je mets les pieds. Le sol n’a rien de lisse et il me faut un moment pour m’apercevoir qu’il s’agit de couches de lave étirées et séchées. Soudain je suis stoppée net dans ma progression. Totalement prise au dépourvu. Le Erta Alé vient d’expulser un nuage de gaz dont se détache une odeur de soufre. L’odeur est forte, la respiration quasi-impossible. Surprise, je recule de quelques mètres, les mains sur le visage, pour retrouver un peu d’air. Premier contact avec le volcan. D’épaisses fumerolles s’échappent du cratère. La visibilité est réduite et n’a alors plus rien à voir avec les photos du lac de lave qu’on peut trouver sur internet. Mais l’expérience n’en est pas moins altérée tant elle est sensorielle et je sais déjà que jamais je n’oublierai le son émanant du cratère, l’odeur des vagues de soufre, cette lumière du rouge le plus vif ou le contact de mes pieds sur la lave sèche…

Après avoir assisté au lever du soleil sur le Erta Alé, nous reprenons la route pour jusqu’à parvenir dans une petite ville située à l’entrée du désert à une heure de route de Mekele. Ce retour est à la civilisation est une étape obligatoire pour bifurquer ensuite vers le Dallol même si nous aurions aimé prolonger notre isolement. Nous passons la nuit chez l’habitant ce qui nous donne l’occasion de nous doucher, après deux jours dans le désert et une première nuit à la belle étoile au camp 1. Mais cette soirée nous permettra aussi d’assister à la cérémonie du café qui est une véritable institution en Ethiopie. Les grains sont torréfiés devant nous, l’encens embaume, et les grains de maïs transformés en pop corns éclatent sur les braises. Le café se boit ensuite dans de minuscules tasses blanches ornées de motifs bleus, rouges et verts. De ce voyage en Ethiopie, et contrairement à nos habitudes, nous ramènerons deux souvenirs : ces petites tasses incontournables et des bracelets dorés, frappés à l’effigie des ethnies de la vallée de l’Omo, achetés sur les marchés dans le sud du pays.

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Plus nous avançons dans notre périple et plus notre enthousiasme grandit. Les paysages du Danakil dépassent tout ce que nous avons pu imaginer. Dans l’après-midi du troisième jour, la Jeep s’arrête sur le bas côté d’une longue route asphaltée bordée d’un champ de pierres et de galets. Ce sera notre camp de base pour notre troisième et dernière nuit dans le désert. A quelques mètres, il y a le village Afar d’Ahmed Ela et un bar pseudo-clandestin tenu par l’armée où le soir-même nous irons boire une bière Reina Habesha. Au-delà s’étend l’immense lac Assale, un lac salé où des caravaniers Afars passent leur journée à tailler des blocs de sel d’une dizaine de kilos sous un soleil de plomb. Juste avant la tombée de la nuit, les blocs de sel sont chargés sur le dos de dromadaires et conduits en ville pour être ensuite vendus. La vente de sel est la principale ressource financière des peuples Afars qui vivent dans cette région. Ce soir-là, nous dormirons étendues sur des lits de camps de fortune sous un ciel rempli d’étoiles.

L’allure de notre véhicule est ralenti par l’eau salée qui éclabousse la carrosserie et s’insinue dans les jantes. Nous sommes au matin du quatrième jour. En milieu d’après-midi, nous regagnerons Mekele et nous monterons dans l’un des minuscules avions d’Ethiopian Airlines pour rejoindre la cité musulmane d’Harar. Mais avant cela, nous avons un rêve à réaliser : celui de Célia qui depuis près de dix ans maintenant souhaitait découvrir le Dallol. Le Dallol est un site volcanique où la température moyenne avoisine les 35°c. On y trouve des sources chaudes d’acide, des colonnes de sel et des émanations de soufre. A peine descendues du véhicule, j’ai l’impression d’avoir débarqué sur la planète Mars. Les vasques d’acide du Dallol sont teintées de jaunes, de vert, de tons rouges, bordeaux ou orangés qui n’ont pas leur pareil. Si nous avons été conquises par notre expérience de randonnée vers le Erta Alé, le Dallol clôture en beauté notre expédition de quatre jours dans le désert du Danakil.

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CONSEILS POUR VOYAGER DANS LE DANAKIL

QUELLE AGENCE CHOISIR POUR LE DANAKIL ?

J’ai envie de dire : tout dépend de votre budget voyage ! Nous sommes parties avec l’agence Magma Flow Tours dans le Danakil pour une expédition de quatre jours et trois nuits dans le désert. Il faut d’abord savoir que voyager en Ethiopie a un certain coût mais qu’il est possible de trouver une agence qui proposera un service adapté à son budget. Notre expédition avec Magma Flow Tours nous a coûté environ 600 Dollars par personne. Mais nous avons fait le choix de voyager plus lentement à travers le Danakil alors que d’autres voyageurs de notre groupe avaient opté pour un séjour de trois jours et deux nuits. Concrètement, la seule différence, c’est le temps passé sur les sites et dans le désert. En quatre jours, on a vraiment pu en profiter à fond. On a aussi choisi Magma Flow car l’agence proposait des expéditions avec un groupe de douze voyageurs maximum. En réalité, on était huit voyageurs le premier jour, cinq le deuxième. Le troisième et le quatrième jour, nous étions seules avec Israel, notre guide.

Si vous avez un budget voyage restreint, sachez que l’agence ETT (Ethio Travels & Tours) propose des excursions de trois jours et quatre nuits pour 300 Dollars par personne. Le programme reste le même. Vous découvrirez le Dallol, le Erta Alé et les caravanes de sel. La contrepartie ? La taille du groupe qui peut regrouper parfois jusqu’à quarante personnes. Si vous prenez l’avion pour Mekele, vous serez sans doute interpellé à la sortie de l’aéroport par un rabatteur d’ETT. C’est le bon plan pour organiser et négocier son expédition au dernier moment.

QUAND PARTIR ?

La meilleure période pour découvrir l’Ethiopie, et le Danakil, s’étend d’Octobre à Mars. Le Danakil est une zone aride et désertique où l’on relève de fortes températures tout au long de l’année. Cependant la zone est déconseillée entre Avril et Octobre.

QUE FAUT-IL EMPORTER ?

L’agence s’est occupée de presque tout lors de notre expédition dans le Danakil. Si vous cherchez du confort, passez votre chemin ! Ici, les nuits se font plutôt à la belle étoile sur de vieux coussins. Il faut donc prévoir un petit sac de couchage. En Novembre, les nuits étaient tout de même assez chaudes. Pour l’hygiène, c’est un peu pareil : pas de toilettes, pas de douche. On est vraiment au beau milieu du désert. C’est très rudimentaire. On a donc emporté du papier toilette, des lingettes et des sacs poubelles pour ramener nos déchets en ville. On sait bien que les lingettes ne sont pas très écolos cependant l’eau est une denrée encore plus rare dans le Danakil. Pour découvrir le Erta Alé, pensez à vous munir de masques de protection respiratoires. On peut en trouver chez Leroy Merlin.

ET LA SÉCURITÉ ?

Une grande partie de l’Ethiopie, dont le site du Danakil, est déconseillée aux voyageurs sur le site du Ministère des Affaires Étrangères. Nous ne sommes pas des têtes brûlées et la question s’est vraiment posée de savoir s’il fallait y aller ou non. Alors on a écumé les sites des tours opérateurs afin de regarder les types de voyage proposés ! Et on s’est rendu compte qu’un site comme Terres d’Aventure ou Allibert Trekking proposaient plus d’une dizaine de voyages en Ethiopie, incluant le Danakil, le Dallol et le Erta Alé. Après ça, hors de question de l’exclure de notre voyage ! Surtout que Célia rêvait de découvrir le Dallol depuis plus de dix ans. Sur place, les Jeeps roulent le plus souvent en convoi, les groupes sont encadrés par des membres de l’ethnies Afars armés et bien sûr, il n’est pas question de faire n’importe quoi ou de sortir des sentiers balisés.

VOUS ORGANISEZ UN VOYAGE EN ETHIOPIE DANS LE DANAKIL ? ÉPINGLEZ CET ARTICLE POUR PLUS TARD.

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2 comments
  1. Je découvre ton blog et je suis ravie d’être tombée dessus par hasard ! De magnifiques photos et une très jolie plume, je pense que je reviendrai par ici de temps à autres 🙂

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