Carnet de bord d’un voyage en Antarctique

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Ushuaïa était pour nous la ville du bout du monde. L’étape la plus australe de notre séjour de cinq mois en Amérique du Sud. Nous ne pensions pas aller plus loin avant de pousser la porte de l’une de ses agences de voyages et d’en ressortir avec deux billets de dernière minute pour une croisière en Antarctique avec Polar Latitudes. L’Antarctique n’a jamais été une option, ni même un rêve tant le continent blanc me semblait hors de portée. Et nous avons eu du mal à réaliser ce qu’il nous arrivait. En pleine rue, nous avons laissé éclater notre joie, sautant, riant et trépignant tout à la fois. Voyager en Antarctique, c’est voyager vers l’inconnu et ce continent nous a bouleversé. Avant notre départ, j’imaginais d’immenses étendues de terre recouvertes par une épaisse couche de poudreuse enveloppées par un silence profond. En réalité, j’étais loin du compte car l’Antarctique, ce sont des montagnes abruptes, recouvertes de neige et de glaciers qui se jettent dans la mer, des chenaux étroits parfois bloqués par des glaces, des icebergs à la dérive, des glaciers qui craquent et une faune omniprésente. L’Antarctique, c’est aussi une Histoire, une terre qui appelle au rêve et à l’aventure. Bien après mon retour, j’ai continué à lire les récits de ses premiers explorateurs et à me passionner pour les exploits de leurs contemporains. Durant ces cinq mois de voyage, nous avons pris l’habitude de coucher par écrit chaque jour passé. Ce sont les extraits de ce carnet de voyage que je vous livre aujourd’hui.

CARNET DE BORD DE NOTRE VOYAGE EN ANTARCTIQUE

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EMBARQUEMENT POUR L’ANTARCTIQUE

Samedi 18 Novembre 2017 – Ushuaïa

Dès le réveil, nous ne tenons pas en place. Nous attendons impatiemment 15h30, heure de notre rendez-vous avec le personnel de Polar Latitudes. Nous constatons que la facture porte la mention “Chambre avec lits jumeaux et hublots”, sans guère plus d’infos. Ce voyage, c’est le flou total mais notre seule crainte est d’être mal habillées pour les dîners ! Car notre seule référence en matière de croisière, c’est le film “Titanic”. Ce matin, la météo est affreuse : pluie et vent qui se transforment en rafales de neige. Nous tuons le temps comme nous le pouvons en visitant le Musée de la Fin du Monde. Nous traînons à Ushuaïa depuis plus d’une semaine, autant dire que nous avons épuisé le champ des visites possibles ! Le musée est petit mais il dispose d’une pièce entière dédiée à l’évolution de la cartographie, depuis les premières ébauches des cartes de la Terre de Feu jusqu’à nos jours, qui nous fascine.

Au beau milieu de l’après-midi, nous découvrons – enfin – notre navire, le MS Hebridean Sky, entourées de passagers de tous âges. Une fois à bord, le personnel d’expédition nous accueille avec de grands sourires et notre première mission est de leur donner nos passeports. Difficile de sortir ce document qu’on protège comme le Graal depuis le début de notre voyage. On nous accompagne jusqu’à notre chambre où notre surprise est totale. Nous pénétrons dans une cabine décorée avec élégance, éclairée par une lumière tamisée et dotée de trois petits hublots qui donnent sur le Mont Olivia. Sur les deux lits jumeaux ont été déposées deux vestes rouges d’expédition de la marque Helly Hansen. La chambre a des allures de suite avec son petit salon doté d’un canapé et d’un écran TV. Ce sera notre antre pour les dix prochains jours. 

A peine avons-nous le temps de prendre possession des lieux qu’il nous faut regagner le niveau supérieur pour nous rendre dans le salon principal et assister à la présentation des membres d’expédition. L’équipe est nombreuse : photographe, historien, ornithologue… C’est une équipe jeune et multiculturelle, comme l’ensemble des voyageurs présents. Au trinque au début de cette nouvelle aventure, si différente de notre façon de voyager. Ce soir-là, le MS Hebridean Sky quitte le port d’Ushuaïa pour rejoindre le Passage du Drake, une navigation qui s’annonce agitée…

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LE PASSAGE DU DRAKE

Dimanche 19 et Lundi  20 Novembre 2017 – A bord du MS Hebridean Sky

Chose promise, chose due ! Le passage du Drake est une véritable épreuve. Les vagues mesurent 5 à 7 mètres, le vent souffle sans arrêt, le bateau tangue en permanence et la ligne d’horizon n’est jamais droite… “Avoir le mal de mer” prend tout son sens. Célia est allongée sur son lit, à demi-agonisante malgré les médicaments fournis par le médecin de bord. Quant à moi, je ne me sens pas vraiment au top of the pop ! L’estomac retourné, vexée de ne pas pouvoir profiter du buffet du petit-déjeuner, jonché de gaufres et de pancakes, après cinq mois à me nourrir de pâtes et de purée lyophilisées lors de nos treks.

Tant bien que mal, on essaie de participer aux conférences organisées par le personnel d’expédition pour nous permettre d’appréhender le continent blanc. On progresse lentement à travers le navire. D’une main, on s’agrippe à la main-courante pour se stabiliser, de l’autre, on s’accroche à nos sacs à vomi… La première conférence nous présente le programme “Citizen Sciences”. L’idée, c’est d’aider la recherche scientifique en menant tout au long du voyage différents relevés allant de l’observation des nuages pour la NASA à la mesure de la salinité de l’eau, en passant par l’identification des baleines. Des analyses qui seront, par la suite, envoyées par Bob, l’un des membres de l’équipage, à différents chercheurs de part le monde. En dehors de ces conférences – et comme les 85% des passagers du MS Hebridean Sky – nous passons notre temps alitées.

Le lendemain, le vent se calme, les vagues ne font que 3 ou 4 mètres et nous abordons cette journée avec beaucoup d’ambitions ! A 9 heures, Célia participe à sa première session du programme “Citizen Sciences” dont le thème n’est autre que l’océanographie. En compagnie de Mariella, une jeune argentine de vingt-deux ans, membre de l’équipage, elle doit effectuer le prélèvement d’un litre d’eau afin d’en mesurer la température, la conductivité ainsi que le taux de salinité. Conjuguées à d’autres données comme la température extérieure, les coordonnées géographiques, la mesure du vent ainsi que celle des vagues, ces données permettent de déterminer à quel moment, lors de notre traversée du passage du Drake, nous atteignons la convergence et parvenons officiellement en Antarctique. La tâche est moins aisée qu’il n’y paraît et Célia doit s’y reprendre à deux fois avant de parvenir à remplir le récipient dédié à l’analyse, charrié par le courant et le hisser à bord sans en perdre les trois quarts !

Nous assistons à d’autres conférences sur la formation des glaciers et la faune qui peuple l’Antarctique mais c’est le jeu concours lancé la veille au soir qui accapare véritablement Célia et ses conversations avec l’équipe d’expédition : déterminer l’heure à laquelle nous croiserons le premier iceberg dont la taille dépassera celle du MS Hebridean Sky. Au petit-déjeuner, tandis que j’engloutis mes pancakes au sirop d’érable, elle interroge innocemment le Capitaine : “cela arrivera peut-être ce matin ou cet après-midi…” Un peu plus tard, c’est Andy, le pianiste de l’équipage, qui lâche : “sûrement cet après-midi”. Elle finit par inscrire 11h55 pour couper la poire en deux. Et lorsque, aux alentours de midi, Hannah, l’Expedition Team Leader, annonce le premier iceberg en vue, on se précipite sur le pont en deux temps, trois mouvements. Devant ce géant de glace, alors que je qualifie Célia de petite fouine, elle me jette un regard en coin tout en haussant les épaules : “Bah quoi ? Personne n’a dit qu’on ne pouvait pas poser de questions !”

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PREMIÈRE ESCALE SUR LES ÎLES SHETLAND DU SUD

Mardi 21 Novembre 2017 – Robert Point & Great Wall Station

Au matin du quatrième jour de voyage, nous pouvons enfin ouvrir nos hublots, condamnés lors de notre traversée du passage du Drake. En les ouvrant, on découvre un paysage tel qu’on en rêvait, faits de terres accidentées, recouvertes d’un épais manteau blanc et parfois, si la chance nous sourit, c’est une baleine qu’on aperçoit au loin. Ce matin, nous naviguons parmi les îles Shetland du Sud, un archipel de l’Antarctique situé à 127 kilomètres du continent, rattaché au Territoire Britannique Antarctique. Plusieurs pays entretiennent des stations de recherche dans l’archipel et, plus précisément, sur l’île du Roi-George.

Pour descendre à terre, nous devons opérer une routine bien précise. Dès qu’Hannah nous en donne le signal à l’aide d’un enjoué “Good morning folks”, on disparait dans nos cabine afin de nous équiper. On enfile notre manteau rouge Helly Hansen ainsi que les vêtements – sur-pantalon, gants, paire de bottes et gilet de sauvetage – prêtés par Polar Latitudes. On désinfecte nos énormes chaussures puis on grimpe dans le Zodiac en direction de la terre ferme que le staff a d’ores et déjà balisé. Le Zodiac s’éloigne du navire dans un ronronnement de moteur tandis que notre pilote s’adresse aux membres d’équipage restés dans le cockpit.

“Bridge, bridge… This is Bob… 10 + 1, leaving the boat !”

Pour notre première escale, nous découvrons Robert Point, ses lions de mer et ses colonies de manchots d’Adélie et de manchots Papous. Et c’est peut-être bien la première chose qui me surprend : je m’attendais à ce que l’Antarctique soit un lieu où règne un profond silence mais il n’en est rien puisque les piaillements des manchots emplissent l’air. Une fois à terre, les consignes sont très claires : par mesure de sécurité et pour éviter les crevasses, nous ne pouvons avancer que sur les chemins balisés par les membres d’expédition. Si un manchot nous coupe la route, alors nous devons nous arrêter afin de le laisser passer sans le perturber et observer une distance d’à peu près cinq mètres entre les lions de mer mollassons et nous-même. C’est sans mal qu’on se plie à ces consignes, bien trop contentes de poser nos fesses dans la neige pour observer la vie animale. 

Parmi les voyageurs présents sur le MS Hebridean Sky, il y a une équipe de tournage chinoise chargée de réaliser un film pour promouvoir l’Antarctique auprès d’écoliers, sponsorisée par une célèbre marque de bière. Leur présence nous permet de découvrir une partie de la base de recherche chinoise Great Wall Station sur l’île du Roi-George, une sorte de campus composé de quatre ou cinq bâtiments dont l’un renferme un gymnase et une cafétéria. Des camions et des moto-neige sont garés de part et d’autre de la base tandis que deux lions de mer se réchauffent sous les rayons du soleil. La plupart des bases scientifiques sont installées sur l’île du Roi-George et, un peu plus loin, nous apercevons les bases russes et chiliennes. La plupart des stations de recherche tournent essentiellement en été. Seules quelques personnes sont chargées de les maintenir durant l’hiver austral.

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LES ORQUES !

Mercredi 22 Novembre 2017 – Cuverville Island & Paradise Harbour

Pour voyager en Antarctique, il ne faut pas avoir d’attente car, à tout moment, le programme peut varier à cause d’une météo capricieuse ou d’un canal bloqué par la glace, nous obligeant à rebrousser chemin. Par ailleurs, un voyage en Antarctique est extrêmement réglementé et il n’existe qu’une poignée de lieux sur lesquels les navires de croisière peuvent débarquer. Et ces lieux doivent être « réservés » par les tours opérateurs en début de saison ce qui laisse peu de place à l’improvisation. Si, le matin même, notre escale à Cuverville Island, une île découverte par une expédition belge menée entre 1897 et 1899, s’est bien passée, cette après-midi, Hannah est contrainte de revoir nos plans d’expédition ! Et tandis qu’elle est penchée sur une carte dans le hall du navire en compagnie de Nate et Mariella, son talki-walkie se met à grésiller. Le “Bridge” a repéré une quinzaine d’orques nageant à proximité du MS Hebridean Sky.

La voix d’Hannah résonne à travers le navire : “ Hey Folks, équipez-vous cet après-midi, nous partons en zodiac observer une quinzaine d’orques situés à proximité du navire !”. Engoncées dans nos vêtements imperméables, on se précipite sur le pont supérieur pour grimper dans un zodiac dirigé par Bob, sans doute le membre de l’équipage que l’on préfère avec son air d’aventurier assuré et intrépide. Nous figurons parmi les premiers passagers à quitter le navire. Bob, un sourire flottant sur ses lèvres, manoeuvre pour nous rapprocher des orques dont on aperçoit le museau émerger à la surface de l’eau comme s’ils nous surveillaient et se communiquaient les informations essentielles quant à notre présence. Bob finit par couper le moteur. Nous ne patientons pas longtemps car les orques se révèlent être curieux et joueurs. Ils s’approchent tour-à-tour de nos zodiacs immobiles jusqu’à les frôler de la nageoire. Le zodiac est légèrement déstabilisé. 

Le soir même, nous jetons l’ancre dans l’anse de Paradise Harbour. C’est notre premier contact avec le continent blanc. Un épais brouillard entoure les montagnes environnantes. On ne distingue pas grand chose du paysage et une lumière bleutée persiste car, ici, la nuit ne tombe jamais vraiment. Sur la berge, j’aperçois les bâtiments de la base Amiralante Brown, une base de recherche argentine tombée en désuétude depuis quelques années. Et je ne peux m’empêcher de frissonner pour mes compagnons de voyage qui, ce soir, dormiront sous une tente ou dans des Bivy.

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LES GLACIERS DE NEKO HARBOUR

Jeudi 23 Novembre – Danco Island & Neko Harbour

C’est également Bob, le responsable d’expédition en charge du programme Citizen Sciences et c’est avec lui que nous partons en zodiac dans la baie de Neko Harbour pour effectuer un prélèvement de phytoplancton tandis que le reste de nos compagnons de voyage prend la direction du continent pour découvrir les glaciers et icebergs qui jalonnent le lieu. Le projet se nomme FjoredPhyto et cherche à analyser l’impact de la fonte des glaciers sur la présence du phytoplancton le long des fjords de la péninsule Antarctique. Le phytoplancton joue un rôle essentiel puisqu’il est non seulement un aliment de base pour la faune qui peuple l’Antarctique comme les baleines, les lions de mer et les manchots mais il produit aussi une grande partie de l’oxygène que nous consommons. Aussi tout au long de la saison touristique, les passagers du MS Hebridean Sky effectueront différents prélèvements d’eau et de phytoplancton à proximité de Neko Harbour.

Lorsque nous débarquons sur Neko Harbour, sans doute le plus beau site de la péninsule Antarctique, le mariage a déjà eu lieu ! Et le Capitaine pose en compagnie du jeune couple de trentenaire canadien sous l’objectif de Matt, le photographe engagé pour documenter le voyage. La mariée est une petite jeune femme débordant d’énergie, dotée d’un débit de paroles hallucinant et d’un rire qui ne manque pas de nous arracher un sourire. Son époux est un homme de haute taille beaucoup plus réservé mais non moins sympathique. Leur mariage en Antarctique, c’est l’accomplissement d’un rêve totalement fou après des années de vie commune éprouvées par la maladie.

LA PETITE POSTE DU BOUT DU MONDE

Vendredi 24 Novembre 2017 – Port Lockroy & Cape Renard

En Antarctique, les jours ne sont jamais vraiment les mêmes. Ce matin, nous découvrons le site de Port Lockroy sur l’île Goudier. À l’origine, Port Lockroy servait de base de repli aux baleiniers en raison de sa situation géographique favorable, à l’abri des vents, avant d’être utilisée comme base pour la recherche scientifique par les Britanniques. Le site est aujourd’hui entièrement dédié au tourisme. Géré par quatre volontaires du UK Antartic Heritage Trust, Port Lockroy propose un petit musée, une boutique de souvenirs et une poste ! Avec ses murs en bois noirs, les.encadrements de ses fenêtres rouges et le drapeau anglais qui flotte dans le ciel, la base détonne dans le paysage de neige et de glace qui recouvrent l’île Goudier. Au pied de l’escalier principal, une colonie de manchots papous est en pleine nidification. Lorsque le femelle quitte le nid, le mâle prend couve à son tour. Je crois qu’on ne se lasse jamais vraiment d’observer leur manège.

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LE BALEINIER

Samedi 25 Novembre 2017 – Entreprise Island & Wilhelmina Bay

L’Antarctique est une terre qui fait rêver et notre voyage est ponctué par l’Histoire des premières expéditions menées sur le continent blanc. Pour nous, c’est une révélation et on ne cesse de feuilleter dans la bibliothèque les livres photos recueillant les images en noir et blanc de l’expédition de Shackleton et de son navire l’Endurance. Seb manoeuvre le zodiac en direction d’Entreprise Island. Le jeune homme est réservé mais c’est un féru d’Histoire, et tandis que nous nous rapprochons de l’île, je sens son impatience grandir. Au début du XXème siècle, Entreprise Island était un important site de chasse à la baleine. Des « whales catcher », des bateaux de petite taille, partaient capturer les baleines. Elles étaient ensuite harponnées et remorquées vers des navires-usines, amarrés le long de la côte. C’est dans ces navires que l’on dépeçait les animaux afin d’en extraire de l’huile contenue après coup dans d’énormes tonneaux. Aujourd’hui, il ne reste que l’épave rouillée d’un ancien baleinier, échoué à la suite à un incendie sous fond d’espionnage industriel. Notre zodiac longe la carcasse du navire à demi immergé par les flots. A travers ses écoutilles, on peut encore apercevoir de nombreuses têtes de harpons.

A l’heure du déjeuner, le MS Hebridean Sky traverse la baie de Wilhelmina, inondée de soleil. Le panorama est tout simplement magique : le navire chemine sur une mer d’un bleu intense, repoussant du bout de sa proue des blocs de glace à la dérive, sous fond de fjords et de sommets enneigés. Le panorama est tellement beau que nous nous sommes tous précipité sur le pont, réchauffant nos visages sous les rayons du soleil. Appuyée contre le bastingage, je profite du spectacle qui s’offre à mois tandis qu’un peu plus loin, on observe le dos rond d’une baleine à bosses remonter à la surface.

Un peu plus tard, c’est une toute autre activité qui m’accapare : le plongeon polaire ! Bob nous dépose sur une petite plage de galets. L’eau est sombre, inhospitalière. Elle ne doit pas faire plus d’un degré. Quelques blocs de glace flottent à proximité tandis qu’un peu plus loin un lion de mer se repose sur la berge. Je suis entourée par Celia qui appréhende ce moment et par une petite dizaine de voyageurs surexcités. Depuis notre départ du navire, j’ai mis mon cerveau en mode off. Je sais très bien que si je commence à me poser des questions, je ne me baignerai jamais ! En temps normal, je refuse catégoriquement de tremper un orteil dans l’Atlantique… J’ôte mes vêtements et les laisse retomber sur les pierres grises. Mon impatience grandit alors Celia se met à son tour en maillot de bain. On échange un regard : « prête ? » Et sans nous poser plus de questions, nous nous élançons en courant vers l’eau. A peine entrée dans l’eau, le froide me saisit et mes membres s’engourdissent. Notre progression est ralentie par les galets et je ne sens déjà plus mes orteils. Et alors que j’immerge l’intégralité de mon corps, j’entends Celia hurler. Mais ne pas mettre la tête sous l’eau, c’est tricher.

RETOUR A USHUAIA

Du Dimanche 26 au Mardi 28 Novembre 2017 – Passage du Drake et Ushuaïa

Le MS Hebridean Sky a quitté la péninsule Antarctique et nous voguons en direction d’Ushuaïa. Notre voyage touche à sa fin. Pour l’instant, la traversée du Drake s’effectue sans encombres. Nous nous sommes habituées au mouvement du bateau et constatons avec une petite fierté que nous ne sommes plus sujettes au mal de mer ! Célia reprend ses bonnes habitudes. Et dès 9h, elle aide Mariela à effectuer les relevés océanographiques pour le programme Citizen Sciences. L’eau est à 0,2°C. Durant la matinée, nous assistons à deux conférences. Seb nous présente plus en détails l’expédition mené par Shackleton au début du XXème siècle. Seb est tellement passionné qu’il y a quelques années, ils reproduit la traversée de Shackleton entre la péninsule Antarctique et la Géorgie du Sud à bord d’un canot, photos à l’appuie. Je note dans un coin de mon esprit d’acheter le roman Endurance d’Alfred Lansing qui raconte l’épopée de Shackleton. Un peu plus tard, c’est Bob qui nous présente la « mer de glace » et de son importance pour la vie animale en Antarctique.

La nuit suivante est beaucoup plus mouvementée. Les vagues, d’une hauteur de 6 mètres, claquent contre la coque du navire d’expédition. Je me lève en pleine nuit afin d’essayer – en vain – de fermer nos hublots. Pour y parvenir, je dois tirer Célia de son sommeil. Et elle grogne. Par moment, alors que je suis allongée dans mon lit, le bateau tangue tellement, que je crains de tomber sur le sol… A 9 heures, la température relevée est de 6,8°c. Nous avons quitté l’Antarctique. On profite de nos derniers instants à bord et, à grand regret, on commence à boucler nos sacs. Il nous faudra un long moment pour traverser le canal de Beagle. Nous entrons dans le port d’Ushuaïa en début de soirée et passons notre dernière nuit à bord du MS Hebridean Sky. Notre débarquement est prévu pour le lendemain matin et c’est le coeur gros que nous nous apprêtons à quitter le navire. J’ai l’impression de sortir d’une bulle, d’un cocon paisible, d’être jetée hors de chez moi. Et le retour est assez brutal. C’est la première fois qu’un voyage me procure cette étrange sensation. Mais pour l’instant, blottie contre Célia, j’observe les lumières d’Ushuaïa en me replongeant dans mes souvenirs de voyage, prête à retrouver ma vie de backpackeuse.

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NOS CONSEILS POUR VOYAGER EN ANTARCTIQUE

CROISIERE EN ANTARCTIQUE, A QUOI FAUT-IL S’ATTENDRE ?

Les pôles fascinent et les voyages vers ces bouts du monde, autrefois réservés à une élite d’aventuriers et de scientifiques, sont « à la mode ». Spitzberg, Groenland, Antarctique… Autant de lieux qui figurent désormais dans les destinations rêvées des voyageurs. Durant la saison 2017-2018, près de 50 000 voyageurs ont découvert le continent blanc. Pour préserver l’un des derniers espaces vierges de la planète, le Traité de l’Antarctique et l’IAATO ont pour but de réguler la présence humaine sur le continent par différentes mesures :

  • Les navires de plus de 500 personnes ne sont pas autorisés à effectuer des escales en Antarctique.
  • 100 passagers maximum sont autorisés à débarquer au même moment au même endroit. Si un navire possède une capacité supérieure à 100 passagers, alors les débarquements sont écourtés. Les temps d’attente sont plus longs et le nombre d’excursions est limité.
  • Deux navires d’expédition ne peuvent pas se trouver au même endroit même moment.
  • Les lieux de débarquement sont limités. Une vingtaine de sites sont accessibles sur la péninsule Antarctique.
  • Le Traité détermine aussi le code de conduite à respecter vis-à-vis de la faune et les distances à respecter.

Ces cinq points ne sont que quelques exemples parmi d’autres. Cependant, je peux vous dire que l’environnement était au coeur de notre voyage en Antarctique. Chaque membre de l’équipe d’expédition avait à coeur de sensibiliser les voyageurs en leur transmettant leur passion pour l’Antarctique, pour sa faune, pour ses glaciers, pour son Histoire ou encore pour les nombreuses recherches scientifiques qui y sont menées. Parmi les voyageurs, j’ai vu des gens soucieux d’appliquer les consignes fournies et de ne laisser aucune trace de leur passage sur le continent. Malheureusement, il y a toujours quelques exceptions…

PARTIR EN ANTARCTIQUE A LA DERNIERE MINUTE

A Ushuaïa, les agences de voyages de l’avenue San Martin proposent des prix de dernière minute pour l’Antarctique. Ces derniers sont affichés en vitrine, vous ne pouvez pas les rater. Au moment où nous sommes parties, les agences proposaient un départ pour une croisière de 20 jours allant des îles Malouines à la péninsule Antarctique en passant par la Géorgie du Sud et deux croisières de 9 et 11 jours vers la péninsule. Les voyages vers la péninsule Antarctique proposent un itinéraire assez similaire. La différence réside dans le temps passé sur le continent car la traversée du Drake est incompressible.

Pour notre part, nous sommes parties avec Polar Latitudes, une compagnie canadienne. L’itinéraire complet de notre voyage est disponible sur le site de la compagnie. Il s’agit du circuit « The Antartic Peninsula Express ». Logées en chambre double avec hublot, le prix de base de notre séjour est de 11495$. En dernière minute, le prix proposé était de 4200$ pour un départ trois jours plus tard.

Les prix des croisières proposées sont sensiblement les mêmes d’un tour opérateur à l’autre. En revanche, la qualité des prestations diffère ainsi que le type de cabines réservées. En dernière minute, les cabines proposées peuvent être des cabines pour deux personnes avec hublots mais aussi des cabines partagées à trois ou à quatre.

A QUELLE PÉRIODE VOYAGER ?

Les croisières en Antarctique ont lieu durant l’été austral. Elles débutent généralement à la fin du mois d’Octobre et s’achèvent au mois de Mars. Notre voyage s’est déroulé fin Novembre. Malgré une traversée du Drake difficile, nous avons eu beaucoup de chance avec la météo. Il est important de prendre en compte que chaque escale sur le continent blanc ou sur une île de la péninsule dépend entièrement des conditions météo. Par ailleurs, lors de notre voyage, certains chenaux étaient bloqués par la glace, donc inaccessibles. Les équipes de Polar Latitudes ont du à plusieurs reprises chercher un plan B et parfois même un plan C. L’itinéraire n’est jamais écrit d’avance et peu changer à tout instant.

LES ACTIVITÉS ANNEXES EN ANTARCTIQUE

Un voyage en Antarctique est un voyage contemplatif. Les escales sur le continent et les îles de la péninsule sont soumises aux conditions météorologiques. Par ailleurs, une fois que les passagers d’un navire débarquent, leur trajet est rigoureusement encadré. Aussi les compagnies proposent des activités supplémentaires comme du kayak, du camping et des plongeons polaires. Avec Polar Latitudes, les places pour participer à ces différentes activités étaient restreintes à un petit nombre de voyageurs. En réservant à la dernière minute, impossible pour nous de participer. C’est le jeu ma pauvre Lucette ! Ce sont des activités pour lesquelles il faut payer un supplément, 695$ pour pagayer au plus près des glaciers et 125$ pour dormir à la belle étoile.

QUEL ÉQUIPEMENT POUR UN VOYAGE EN ANTARCTIQUE ?

Comme le font de nombreuses compagnies, Polar Latitudes nous a offert un manteau Helly Hansen en Gore-tex et nous a prêté, une fois à bord, une paire de bottes afin d’éviter toute transmission de maladies. Et par l’intermédiaire de l’agence de voyages, nous avons pu louer une paire de gants et un pantalon imperméable. Durant notre séjour, les températures moyennes sur la péninsule allaient de 0°c à 5°c. Donc en enfilant différentes épaisseurs, nous n’avions pas froid. Par contre, lors de nos déplacements en Zodiac, les températures ressenties étaient clairement négatives. Mon conseil ? Bien protéger ses extrémités, mains et pieds.

J’espère que cet article vous aura intéressé et permis de découvrir les voyages et le tourisme en Antarctique. Si vous rêvez d’en savoir plus sur les voyages polaires et ne savez pas quelle destination choisir, je vous conseille d’écouter le podcast du tour opérateur Terres d’Aventure qui a pour invités la navigatrice et auteure Isabelle Autissier ou encore Matthieu Tordeur, le plus jeune membre de la Société des Explorateurs Français, qui tente en ce moment même de rallier le Pôle Sud en 50 jours.

NB : Certaines photos de cet article ont été prises par Mathew Farrell, photographe pour Polar Latitudes.

VOUS PLANIFIEZ UN VOYAGE EN ANTARCTIQUE ? EPINGLEZ CET ARTICLE POUR PLUS TARD.

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13 Comments

  • Probablement quelque chose que tu vas beaucoup entendre (ou lire, c’est selon) : bravo pour cet article ! C’est intimiste et très joliment écrit. Un régal à lire un vendredi matin, au chaud avec un café.

  • Ton récit et les photos font rêver ! Bon, sauf la partie qui concerne les vagues de plusieurs mètres 😉 J’ai été surprise d’apprendre que 50’000 personnes avaient visité l’Antartique en 2016/2017. Je ne pensais pas qu’il y avait autant de gens qui se rendaient là-bas !

  • Ça a vraiment l’air magnifique…. Je rêve d’un voyage aux poles depuis des années, mais j’avoue que le passage quasi obligé par le mal de mer me refroidit complètement (je suis phobique). C’est con pour une monitrice de voile ^^.

    J’ai adoré lire ton récit et les photos sont superbes ! Vous avez du garder un souvenir incroyable de cette croisière !

  • Bon, comme je ne sais pas lesquelles sont tes photos de celles de Mathew je dirai juste wow, quelles photo oufissimes !
    je pense n’avoir jamais autant rêver de l’Antarctique qu’avec ce récit et ces photos <3
    Un voyage incroyable que j'espère vivre un jour aussi
    xx

  • Mais que c’est beau ! Je me dis toujours qu’aller en Antarctique n’est pas raisonnable, ni d’un de vue écologique, ni d’un point de vue financier… et puis je lis des billets comme le tien et mes convictions vacillent…

  • Merci pour ce récit et ces belles photos. Je tente l’aventure en fevrier 2020 à bord d’un voilier. Le passage du Drake m’impressionne et je vais serieusement me préparer à l’affronter psychologiquement et physiquement. J’ai navigué une dizaine de jours au Spitzberg l’année dernière sur l’Isbjorn 2, un chouette petit bateau avec un super équipage : ours, phoques, morses, renards, oiseaux et de magnifiques paysages.

    • Bonjour Fabienne !
      Ce devait être un voyage incroyable que de découvrir le Spitzberg. Votre bref récit me fait rêver !
      Je vous souhaite une bonne journée

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