Huaraz, randonnées et soroche.

C’est ici que notre voyage commence : Huaraz, au coeur de la Cordillère des Andes. Pour y parvenir, il nous aura fallu trois jours. Grimper dans un vol Paris-Montréal, louper notre correspondance à Toronto à cause d’une tempête, flâner pendant vingt heures dans les rues de la capitale de l’Ontario, reprendre un vol direction Lima et enchaîner avec huit heures de bus.

Nous avons posé nos sacs à dos dans un petit hôtel pour backpackers. Pour 7€ la nuit, le confort est plutôt sommaire. L’eau chaude est un concept auquel nous avons droit un jour sur deux. Le reste du temps, on se lave, tremblotantes, au gant de toilette. La nuit, les bruits de la rue nous parviennent : klaxon, musique, pétards, cris et rires. Sans oublier les jappements des chiens qui hantent les rues.

Huaraz n’a que peu d’attraits mais c’est le point de départ des randonnées vers la Cordillère des Andes. On ne s’y trompe pas : les magasins dédiés à la vente d’équipement de randonnée et les agences de voyages proposant des treks ou des excursions à la journée vers les lagunes et les glaciers foisonnent.

Pour notre première randonnée, nous partons à la découverte de la lagune de Wilcacocha. A Huaraz, on emprunte un collectivos jusqu’au Puente Santa Cruz. La course nous coûte trois soles (1€), autrement dit trois fois rien. L’ascension débute au pied de la Cordillera Negra. Le soleil cogne, la pente est raide. On traverse de petits villages andins où les mamacitas, vêtues des traditionnels ponchos et jupes colorées, conduisent leur troupeau. Il nous faut deux heures pour atteindre la lagune située à 3700 mètres d’altitude. Le ciel est d’un bleu éclatant tandis que les sommets enneigés se reflètent à la surface de l’eau. Ce n’est que le début de notre voyage, mais déjà, on en prend plein les yeux.

Le deuxième jour, on réserve un bus pour randonner en direction de la célèbre Laguna 69, une lagune azure nichée au creux des montagnes dans le parc national de Huascarán. Le réveil à quatre heures du matin pique. Le bus emprunte une route de montagne caillouteuse. Après trois heures de route, on longe la lagune Llaganuco, dont la couleur vire au turquoise, avant de parvenir au point de départ de la randonnée à 3900 mètres d’altitude. Dès les premières minutes, je ressens les effets de l’altitude : mes jambes pèsent une tonne, mon souffle est court, nos conversations se font plus brèves. Mais les paysages sont dingues : cascades, neige et glaciers accrochés à flanc de montagne nous entourent. On prend notre temps, on marque quelques courtes pauses et on avance avec le moral de deux championnes mais la condition physique de deux grands-mères.

La randonnée vers la laguna n’est que dénivelé, cailloux et pierres lisses. À 4400 mètres d’altitude, nous parvenons dans une vallée. Devant nous, une ultime ascension en lacet sur un chemin poussiéreux et rocailleux se profile : 200 mètres de dénivelé positif aussi pentus que dans mes pires cauchemars. Je ne suis plus qu’un corps en mouvement qui suit un esprit vide de toutes pensées si ce n’est avancer ! Alors je compte : un, deux, trois, quatre, un, deux, trois, quatre… Ma respiration se fait sifflante, ma tête bourdonne. Le soroche, le mal des montagnes. Je garde les yeux rivés sur mes pieds, partagée entre la rage d’avancer, l’envie de vomir sous le coup de l’effort et l’envie de pleurer. Hors de question d’abandonner, la lagune est là, dissimulée derrière un escarpement rocheux.

Alors je tente péniblement de franchir les cinquante derniers mètres. Sur le côté, un homme nous encourage : « cinco minutos ! » Je regarde mes pieds, mes bâtons de randonnée… Un, deux, trois, quatre… La voilà : la laguna 69. Elle tient toutes ses promesses avec ses reflets azurs, ses cascades de glace accrochées à la paroi de la montagne, la neige qui craque, glisse et tombe dans l’eau et ses lupins sauvages.

À suivre…

3 Commentaires

  1. 7 août 2017 / 10 h 16 min

    Comme j’ai hâte de découvrir la suite ! On sent la souffrance dans ton récit mais aussi toute la persévérance pour atteindre ton but. Et puis finalement l’effort en valait bien la peine vu les photos que tu nous partages. Je ne sais pas si j’aurais trouvé la force nécessaire mais l’aperçu que tu nous en donnes provoque l’envie de se dépasser et d’aller voir ça de plus près. Merci pour le voyage !

  2. 7 août 2017 / 17 h 53 min

    <3 ! Le commentaire d'Aurélie ci-dessus est super juste, c'est vraiment beau, les photos comme les mots. Des bisous !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *